Cindy Dumais

Démarche artistique

PLASTICITÉS DE L’IMAGE DE SOI


J’éprouve une foulure fondamentale entre la pensée et son expression. Mots, images, ou tout objet de la pensée viennent et s’organisent à l’esprit de manière différente qu’ils se portent en bouche, à l’écrit ou à l’image.  Parfois simultanément ou de manière contradictoire, les pensées ont besoin de plus d’une bouche, de plus d’une temporalité pour s’exprimer en adéquation avec l’activité intérieure.  Ma recherche en art consiste à rendre manifeste cette sensation qu’est la pensée, que je qualifie de tridimensionnelle.

Réfléchir à la condition de la pensée m’a mené à prendre conscience que nul ne peut se regarder en face, comme on peut voir l’autre.  J’essaie de rendre visible une conscience de soi, où s’entrechoquent les « paradoxes de l’intériorité [1]».  Plastiquement, ces idées se manifestent par une recherche en atelier sur la plasticité de l’image de soi.  La condition de création devient alors un opérateur majeur, l’accident réintroduit une valeur de présence dans la création du projet.

Cette recherche sur la plasticité de l’image de soi se manifeste actuellement par la mise en volume de surfaces bidimensionnelles.  Je cherche à contextualiser l’image dans l’environnement tridimensionnel.  D’une part, par la technique du thermoformage du plastique imprimé, je peux volumiser l’image. D’autre part, je projette l’image vidéo sur des environnements tridimensionnels. Le tout présente un espace traversé, où s’interpénètrent l’image en mouvement et le volume, l’œil oscillant entre les frontières de représentation, c’est-à-dire entre la planéité et une troisième dimension. 

La rencontre du bidimensionnel et du tridimensionnel rend l’œil incertain et cette impossibilité de fixer le regard et d’appréhender l’objet de façon synthétique me questionne.

Ce qui intéresse ne sont plus les relations intelligibles de l’image et du volume, mais une sensation du corps.  L’oeil ne peut synthétiser cette double vision, de l’image et du volume, sinon en laissant l’entièreté de son corps regarder, érpouver ce paradoxe de la perception.  Cet œil-corps, c’est une large béance sensible, recevant et donnant forme, tel le plastique. La sensation est fusionnelle, la réunion de tous les sens.  C’est la fonction haptique du regard qui est à l’œuvre, par la puissance vitale qui déborde, affecte les corps, dans un rythme, qui est cette pulsation des forces.

Ainsi, le débordement et le dépassement sont des notions qui m’intéresse à réfléchir en terme de concepts, mais aussi comme des formes plastiques à explorer.


[1] Expression empruntée à Jean-Pierre VIDAL, rélfexion soulevée dans l’article « L’altérité en réseau », dans Esse arts + opinions # 61 (septembre/octobre/novembre 2007) sur EXCÉDEZ II : Les accidentés, présenté à Espace Vituel en 2007.


 Cindy Dumais, Trousse