INTERSTICES

INTERSTICES

Un parcours d’œuvres sonores en écoute du 12 juillet au 30 août 2017

Lancement le 12 juillet à 19h à la Filature, en présence des artistes

Durant l’été 2017, le centre de production DAÏMÔN donne le champ libre à sept artistes et collectifs sonores pour investir le secteur Montcalm, entre la Fonderie et le pont de la Brasserie. Rassemblant les artistes et collectifs Audiotopie, Alaska B, Adam Basanta, Nicolas Bernier, Geert-Jan Hobijn, Christof Migone, et Sonia Paço-Rocchia, le parcours d’œuvres reflète la diversité des pratiques actuelles en art sonore, et joue à révéler de nouveaux possibles dans des espaces familiers et souvent négligés.

L’écoute de l’espace le transforme, et INTERSTICES entend bien inviter les curieux à la réflexion et au dialogue avec notre environnement immédiat. Créée spécialement pour le parcours sonore, chaque intervention artistique compose avec une réalité concrète d’une part et imaginaire de l’autre. Ainsi, feuilles de papier et ondulations du ruisseau deviennent le mouvement conducteur des œuvres sonores, tandis que des morceaux de métal ou des déchets de plastique en sont les instruments de choix.

Si la cartographie est bel et bien une partition sur une page, les micro-installations d’Audiotopie en sont la ponctuation et la signature sonore.

Audiotopie

Fragmentation : des repères dans l’habitat sonore

Les routes, les voies ferrées et les clôtures créent des frontières qui morcellent les espaces que nous fréquentons. Ces fractures complexifient nos déplacements à pied et nous éloignent de notre milieu de vie. Les sons que produisent les véhicules motorisés qui y circulent accaparent la majeure partie du territoire sonore urbain. Ils enlèvent toute profondeur au paysage sonore, raccourcissant ainsi notre champ de perception. Fragmentation propose de traverser ce paysage morcelé en traquant les sons produits par des automates percussifs, sortes d’animaux sonores, disséminés sur le territoire entourant la Filature.

Réalisées par les artistes Simone D’Ambrosio et Étienne Legast, ces micro-interventions questionnent l’impact de l’aménagement du territoire à travers une poursuite du son et propose une réflexion sur l’appauvrissement du paysage sonore et la fragmentation de la trame écologique.

Fondée en 2009, Audiotopie est une coopérative d’artistes dont le travail se situe à la frontière entre l’architecture de paysage, les nouveaux médias et l’art sonore. À travers des performances, des parcours et des installations sonores, l’organisme explore les relations entre le son, les déplacements et les qualités sensibles et sociales de l’environnement. Sa production, majoritairement in situ, s’appuie sur des dispositifs de diffusion adaptés à l’espace des lieux investis et à leurs usages. Le travail d’Audiotopie a été diffusé au Canada, en Italie, en France et au Portugal.

audiotopie.com

Christof Migone

Stéréophonie

Lecture à travers des pages dans le champ. Se balader à l’intérieur d’un livre sans reliure. Quatuors. Des paires de paires qui parlent entre elles et à travers elles. Un livre sans début ni fin. Des phrases sans sons. Des sons lus. Des jeux de mots sans frontières. Des bruitages de sens. Des mots qui ressortent des pages blanches pour s’avérer être autant à point qu’équivoques, perplexes que perceptifs—des surdoués pour la surdité, des enquêteurs auprès des grammaires de désœuvrement. Un œil droit et une oreille gauche, une oreille droite et un œil gauche. Entre les sens, à travers les synapses. Mono, stéréo, une voix plus deux.

Simon Brown et Julie Doucet s’ajoutent aux canaux. Écriture sonore collective. Trio mini radio, enchaînement et détournement du circuit : diffuseur, émetteur, récepteur, répondeur. Phonyphonie. Dans le champ du noise. Le champ du trop à dire quand il n’y a rien à faire et que tout est à perdre.

Artiste/écrivain/commissaire, Christof Migone est l’auteur de nombreuses performances et installations présentées dans le cadre d’évènements internationaux. II est co-rédacteur en chef de Writing Aloud: The Sonics of Language, (2011) et Volumes (2015). Il a publié deux livres, la première phrase et le dernier mot et Tue, chez l’éditeur montréalais Le Quartanier. Un livre qui réunit ses écrits sur l’art sonore, Sonic Somatic: Performances of the Unsound Body a été publié en 2012 par Errant Bodies Press. Il habite à Toronto et enseigne au département d’arts visuels de Western University à London en Ontario.

christofmigone.com

Geert-Jan Hobijn

Plastic Souls

Les âmes de plastique (Plastic Souls) proposent de sonifier les déchets trouvés sur les berges des cours d’eau. À la croisée du local et du global, cette œuvre sensibilise à la pollution qui ne connaît aucune frontière. Chaque installation de Plastic Soul est unique, en ce sens que l’artiste sollicite la participation des résidents du lieu où il se trouve en les invitant à travailler conjointement à la construction de l’œuvre. Lorsque les sculptures flottantes sont jetées à l’eau, elles s’activent grâce aux mouvements du vent et du courant. Les mouvements ondulatoires se traduisent en d’étranges et pénétrants chœurs sortis des flûtes en plastique du radeau sonore. L’idée poétique que le plastique a une âme laisse aussi entrevoir une réalité terrifiante : notre relation au plastique est vivante et tout à fait intime.

“I don’t want to make work for museums. That’s death, which is fine if you’re dead yourself, but that’s not where I exist, and especially not sound – it belongs in society.” –Geert-Jan Hobijn

Depuis 2000, l’artiste néerlandais Geert-Jan Hobijn fabrique des objets et des performances sonores. Ces travaux sont généralement installés ou performés dans des contextes industriels ou naturels, et dans l’espace public et urbain plutôt que dans des espaces dédiés à l’art. En plus de 15 ans de pratique, l’artiste a développé une œuvre multidisciplinaire à portée éphémère et immatérielle, tout en puisant dans le présent et le concret. Dans une approche de proximité poétique et expérimentale, outils, objets trouvés, jouets, arbres ou véhicules participent à la création d’une expérience sonore et sociale.

staalplaat.org

Alaska B

Let the Destructiveness of Sorcerers, Their Gods and Protectors Descend Upon Themselves

Inspiré d’une citation du bouddhiste tibétain Garchen Rinpoche, le titre illustre l’idée qu’une âme pure est intouchable, et que pour vaincre la mort et l’ignorance, il suffit de laisser l’«ennemi» s’auto-détruire dans son propre pouvoir. Dans le contexte de la résistance queer, l’invincibilité spirituelle devient une forme de résistance subversive face à notre propre dévastation.
Par la pathologisation et le constant effacement de la culture LGBT ou du silence laissé par tant d’hommes qui ont succombé au virus du sida, un vide, un silence, un blanc se développe, comme une barrière contre la honte maladive qui infuse les attitudes transphobes et homophobes. Un tombeau assigné d’un anonyme «Nom Mort», marque tragiquement cette peur et cette absence.
Combinés pour évoquer tout à la fois une tombe chinoise et un tournage de vidéomusique extravagant, son et lumière se mêlent en un livre d’images occultes : inspiration manga, idoles Cantopop, rites funéraires chinois et iconographie bouddhiste. Dans un espace fait de papier et de fiction, religieux et profane tentent de réinjecter un sens spirituel et inclusif dans une modernité postcoloniale, en transformant les éternelles questions «d’où viens-tu» et «qui es tu» par «où allons-nous» et «que vais-je devenir ?»…

Alaska B est musicienne et artiste multidisciplinaire. Elle est diplômée de l’Université Concordia (Studio Arts, 2008) et du Collège Sheridan (Animation, 2012). Combinant le dessin animé à des structures de cartons amplifiées (lumières et électroniques), son œuvre visuelle oscille entre l’illustration, l’animation et l’installation. Elle est batteuse, productrice et meneuse du groupe YAMANTAKA // SONIC TITAN, un projet musical performatif qui a été récemment nominé aux Prix Polaris et Juno. Elle compose également des bandes-sons de films et de jeux vidéos.

ytstlabs.com

Adam Basanta

Triad

La sculpture sonore Triad se compose de 3 tubes réfléchissants en acier inoxydable. Ces tubes agissent comme des résonateurs acoustiques basés sur un accord majeur en D. Émergeant du sol jusqu’à la hauteur de la tête, l’ouverture des longs tubes invite à y poser l’oreille et oriente notre écoute sur certains détails sonores de notre environnement immédiat. Dans cet exercice d’écoute profonde et attentive, les visiteurs pourront percevoir la portée musicale de sons familiers et du quotidien. Tandis que l’agencement des tubes, en apparence épars, dessine une architecture angulaire en contraste avec l’environnement qui le reçoit, la surface de miroir de ces filtres acoustiques permet à la sculpture de se fondre dans le paysage, jusqu’à sa disparition. Cette tension entre intrusion, rencontre et invisibilité, est au coeur de Triad.

Adam Basanta est artiste sonore, compositeur, et performeur de musique expérimentale. Né à Tel-Aviv et ayant grandi à Vancouver, il demeure et travaille actuellement à Montréal. À cheval entre plusieurs disciplines et médias, il explore les liens entre les dimensions d’écoute conceptuelles et sensorielles, la matérialité des appareils technologiques, et le point de rencontre entre le comportement humain et les gadgets électroniques de grande distribution.

Très actif sur la scène internationale, il a récemment présenté son travail en Amérique du Nord, en Europe, en Russie et au Japon.

adambasanta.com

Nicolas Bernier

Structure parallèle 001

Cette structure à l’état gazeux, inaccessible et peuplée de couleurs attirantes recèle peut-être un passage possible vers une dimension parallèle. Lumières et sons électroniques se composent organiquement et s’imposent comme objet mystique tel la mer de Solaris, le petit abri de Stranger Things, ou encore l’imposant monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace. Doté d’une intelligence propre, son message est pour nous inintelligible tout autant qu’obsédant. Le clocher semble lui fournir une base temporelle, une pulsation irrégulière, signe d’une vie intérieure.

Nicolas Bernier crée des performances et installations audiovisuelles, des musiques concrètes, des improvisations bruitistes et de l’art vidéo tout en multipliant les collaborations avec la danse, le théâtre, l’image en mouvement et l’interdisciplinarité. Au sein de cet éclectisme demeure une constante : la recherche d’un équilibre entre cérébralité et sensualité ainsi qu’entre matières organiques et traitements numériques.  Son travail s’est mérité un Golden Nica au Prix Ars Electronica 2013 (Autriche), l’une des plus hautes distinctions dans le monde des arts numériques. Il détient un doctorat de la University of Huddersfield (R.U.) et est professeur au secteur des musiques numériques de l’Université de Montréal.

nicolasbernier.com

Sonia Paço-Rocchia

04v01

L’essence de ma création est vivante et le son en est le cœur. Et il y a le timbre, les sonorités elles-mêmes, tour-à-tour brutes et pures. Par une recherche quotidienne de trésors sonores, je fabrique de nouveaux instruments avec ce qui est là, devant nous. Ces trouvailles musicales, je veux les faire découvrir. Mes compositions, que ce soit en performance ou en installation, se concentrent souvent sur un timbre en particulier. Par exemple, j’ai composé une pièce pour 32 bassons pour mettre à l’avant plan de subtiles différences de timbres que l’on ne remarque pas habituellement. Ici, avec des sons métalliques qui se ressemblent mais qui sont différents, je joue au même jeu. Ces recherches sont rassemblées à travers une suite d’œuvres intitulées Sentier sonore, dont cette pièce en est là quatrième.

La Québéco-européenne Sonia-Paço-Rocchia a une pratique diversifiée allant de la composition à l’installation sonore cinétique interactive en passant par l’art web et l’improvisation. Si l’aspect théâtral et visuel fait partie intégrale de son œuvre, la recherche sonore qui en est au cœur se perçoit dans l’exploitation et l’élargissement des palettes sonores des instruments, ainsi que dans l’utilisation d’instruments inusités, trouvés et inventés. Elle est bassoniste-improvisatrice du London Improviser Orchestra et membre du duo de multiples trompettes avec électroacoustique et traitement en temps réel VibraLib. Ses œuvres ont été présentées dans plus d’une centaine d’événements à travers l’Europe et l’Amérique du Nord.

musinou.net